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PRESIDENTIELLES EN CÔTE D'IVOIRE :
Candidature unique au RHDP ?

Par MAMADOU DELY ,
LIBRE PENSEUR
MILITANT RHDP
Mamdel2006@yahoo.fr

Ce n’est désormais un secret pour personne. Plus l’on approche de la publication de la date des élections en Côte d’Ivoire par la CEI, plus des voix se font entendre ça et là. Des plus anonymes  militants et sympathisants aux animateurs de premier plan des différents partis qui composent le RHDP pour soutenir haut et fort , arguments  à l’appui, que le scenario idéal pour le RHDP contre Laurent GBAGBO est la candidature unique. Sans verser dans la polémique, et par immense respect à l’endroit des personnalités non des moindres du RHDP, je veux citer entre autres le Président  ANAKY du MFA, le SGA3 Jean BLE GUIRAO de l’UDPCI et le Député ALLOMO du PDCI,  je voudrais par le truchement de cette contribution leur exprimer tout humblement ma désapprobation.

Cette thèse dont le Président ANAKY en est le Père fondateur, me semble après analyse personnelle plus propagandiste que réaliste. D’abord l’idée en elle même n’est pas originale, encore moins opportune. Je dis qu’elle n’est pas originale car un peu partout en Afrique, chaque fois à l’approche des élections, cette idée de candidature unique de l’opposition est présentée comme une panacée pour atteindre une alternance au pouvoir. Mais à la pratique, qu’en est-il? Nulle part en Afrique, à ma connaissance, la candidature unique de l’opposition a permis d’évincer le pouvoir en place.
Bien au contraire, les multiples candidatures dans le schéma tel qu’indiqué par l’actuelle plate-forme des Houphouétistes ont pu, avec preuves à l’appui, mettre en déroute le parti au pouvoir. C’est-à-dire chaque parti présente son candidat de sorte qu’au deuxième tour, si deuxième tour il y a, le candidat de l’opposition le mieux placé soit soutenu par les autres. Cela a marché au Benin dans le cycle Soglo-Kérékou, vice-versa; pareil au  Sénégal lors de l’accession de Abdoulaye WADE au pouvoir contre ABDOU DIOUF. L’exemple le plus récent est celui du Ghana où le candidat de l’opposition a gagné au deuxième tour.  Dans ces cas , je voudrais rappeler que là où l’opposition a été privée de sa victoire , ça toujours été du fait de la nature même du pouvoir sortant et de sa capacité tenace à s’accrocher au pouvoir avec la complicité de certaines interconnexions africaines et internationales (Afrique du Sud, Chine, Russie …) ; comme ce fut le cas au Kenya ou au Zimbabwe et non parce qu’il ya eu multiple candidatures .
 Ceci étant revenons au cas de la Côte d’Ivoire pour dire et rappeler que le contexte est tout à fait particulier et même suffisamment unique pour laisser une quelconque chance à l’idée de la candidature unique de l’opposition de prospérer. Ne l’oublions pas, ce sont les accords de Pretoria  qui  ont permis et autorisé la candidature définitive de tous les signataires de l’accord politique de Linas Marcoussis envers et contre tout (même la constitution). Mais surtout après que par tous les moyens le FPI ait essayé d’écarter le président Alhassane Dramane Ouattara des élections présidentielles. 
Cette idée n’est donc pas opportune car pris individuellement, les quatre leaders du RHDP ont chacun un défi personnel a relent national et international à relever  ne serait-ce  que par leur participation effective aux futures joutes présidentielle ivoiriennes. Analysons ensemble cas par cas  de façon décroissante du point de vue de l’âge, la valeur,  l’importance et le poids de chaque candidature.

En premier vient le Président BEDIE du PDCI-RDA.
Evincé de force du pouvoir d’Etat par l’armée en décembre 1999, à dix mois des élections présidentielles, le Président BEDIE et le PDCI continuent, à juste titre d’ailleurs, de croire qu’ils  sont toujours majoritaires. Mais en même temps le PDCI est à un virage important de son histoire. Car à 75 ans, le président BEDIE joue logiquement sa dernière carte à la tête du PDCI. Il est et demeure contre vents et marées le symbole vivant de la résistance et de la cohésion du vieux parti sur l’échiquier politique national. A ce titre sa non candidature serait synonyme de sa fin politique mais aussi, et ça il faut le reconnaitre, le détonateur de l’implosion ouverte du PDCI-RDA. Peut-être pour la raison d’âge, il aurait pu être le candidat unique du RHDP, gérontocratie obligeant, mais que non.
Jetons un regard, en second lieu sur le cas du président ado du RDR.
Qu’on l’aime ou pas,  force est de reconnaitre que le président Alhassane Dramane OUATTARA a le don de la patience et de l’espoir entretenu. Allié idéal et ennemi  à la fois de tous, il a souffert de l’animosité de l’homme quand il est aveuglé par le pouvoir et avec lui les militants du RDR. Qui aujourd’hui à la place de ce dernier accepterait de se retirer au non d’une quelconque alliance.  Et ce sur la base de quelle promesse? Lui qui a déjà une fois au moins été l’allié de tous avant d’en être peu après  l’ennemi à abattre au sens propre comme au  figuré. Ne lui demandons donc pas l’impossible au moment où les accords politiques issus de la longue  et pénible transition politique que nous traversons depuis dix ans lui permettent enfin d’être éligible. il ne peut donc en être autrement, juste pour les martyrs du RDR. De toutes les façons il est déjà en campagne.

Qu’en est-il du président ANAKY du MFA?
Plus qu’il ne semble le démontrer lui même, sa candidature est d’une importance capitale. De tous les opposants ivoiriens actuels il est de loin celui qui connait le mieux GBAGBO. car son incarcération par la faute de ce dernier au début des années 90 et la lutte pour sa libération , devenue  plus tard le fonds de commerce politique du FPI, puis sa mise à l’écart sont la preuve qu’il porte en lui un idéal dont le FPI s’est démarqué depuis longtemps et pour lequel il continue la lutte désormais en dehors et contre le FPI. Il est l’un des symboles de la trahison de GBAGBO et de sa roublardise. En tant qu’élu de sa région d’origine, ses électeurs  sont pour la plupart des militants déçus du FPI et à qui GBAGBO continue jusqu’aujourd’hui de faire la cour tous azimuts. Il est censé ratisser sur un champ comparable à une rivière où seul lui est l’appât qui attirera un certain type de poisson. La candidature d’ANAKY gênera davantage GBAGBO sur des terrains où les autres candidats du RHDP ne  peuvent pas tout de suite prospérer; elle est donc nécessaire.

Enfin le président Albert TOIKEUSSE MABRI de l’UDPCI :
Le  plus jeune des leaders de l’opposition ivoirienne a plus que de l’énergie politique  à revendre. Lui que le cours de l’histoire politique a révélé à la Côte d’Ivoire dans des conditions que nous savons tous. Il a un triple devoir. Le devoir du respect de la parole donnée. On se souvient, comme si c’était hier, qu’après la tragique disparition du président Robert GUEI, l’UDPCI son parti a connu une grave crise avec a sa tête un intérimaire qui refusait d’être le candidat du parti aux élections présidentielles. Et sur initiative du Secrétaire Général du parti, les Secrétaires Généraux de sections et les coordinateurs, mais aussi les Jeunes et les  Femmes, tous debout comme un seul homme sont allés prier ce brillant intellectuel, grand travailleur et membre du Gouvernement, député et  Ministre d’Etat  avec le portefeuille  de la Santé et de la Population, de  venir porter leur espoir en tant que président et candidat de l’UDPCI. A moins qu’il soit désigné candidat unique, je ne vois pas comment celui qu’on appelle affectueusement l’OBAMA ivoirien peut renoncer à sa candidature sans briser et sa brillante carrière politique et l’ascension fulgurante que connait actuellement  son parti politique sous son impulsion sept ans après l’assassinat de son Père fondateur, le président Robert GUEI.  Surtout au moment où l’ouest, premier bastion imprenable de l’UDPCI fait l’objet des convoitises les plus folles de la part du candidat Gbagbo. C’est ce dernier qui se frottera plutôt les mains et dansera le « gbébgé » au palais pour le célébrer.

En tout état de cause  l’idée de la candidature unique de l’opposition n’est pas judicieuse. Car les électeurs ne sont pas des bétails électoraux, encore moins des moutons de panurge comme l’on se confond souvent en le pensant. Un militant ou sympathisant de parti politique réagit à des élections présidentielles comme deux  jeunes africains d’avant la colonisation très amoureux prêts  à  voler en justes noces. quand les parents respectent leur choix et que les deux familles se mettent d’accord , ce couple est appelé à prospérer; de sorte que quand par malheur  l’un des deux meurt, il est facile , en vue de garder l’harmonie entre les deux familles, qu’un frère ou une sœur du défunt ou de la défunte soit  proposée en remplacement au veuf ou à la veuve. Ce dernier ou cette dernière, l’accepte comme le moindre mal parce que gardant l’illusion de retrouver  en lui ou en elle les valeurs incarnée par l’élu(e) de son cœur. Sinon , quand ce sont les parents qui arguments à l’appui obligent un enfant a renoncer a son amour sous quelques prétextes que ce soient pour le frère ou la soeur,  la suite, souvent, c’est que soit ce foyer ne fait pas long feu, soit l’enfant fuit de la famille pour échapper à l’autorité des parents , ou soit  se considérant comme un objet  sur le marché préfère se donner lui- même au plus offrant. C’est de là que vient souvent la débauche et bien d’autres calamités.
Laissons donc chaque candidat se présenter. C’est bien sûr ce scenario que redoute  le plus Gbagbo. Car rien ne lui garantit qu’il soit au deuxième tour. Il sera plus compliqué à  chaque leader de l’opposition que nous venons de présenter de convaincre ses militants s’il n’est pas  le choix de cette candidature unique  sans ouvrir la porte à l’indiscipline de toutes  sortes dans le parti. Gbagbo n’attend que cela pour dire qu’on va demain aux  élections et dire qu’il a gagné à 51%  des suffrages exprimés. Faisons donc attention et ne pas confondre les cas de figures  à problème pour l’opposition  avec ceux qui en réalité sont des solutions inespérées pour Gbagbo.

Partout ailleurs où il y  a eu une union sacrée de l’opposition au deuxième tour et elle a gagné ça n’a jamais été parce qu’ils ne se sont pas critiquer au premier tour. A tout deuxième tour électoral, l’électeur réagit en termes de moindre mal, réaction qu’il ne peut jamais avoir tant qu’il n’a pas vu son candidat démocratiquement arrivé après les deux premiers. Ça toujours été comme cela partout dans les grandes démocraties, et envisager le contraire mène inéluctablement a une catastrophe et un chaos électoral. Il n’y aura pas de “un coup chaos” pour  Gbagbo dans ce scenario de candidature unique au premier tour. si dans les démocraties les plus développées, cela ne fonctionne pas, ce n’est pas dans un pays pauvre très endetté que cela va commencer.

D’ailleurs le peuple dans sa souveraineté se sentira méprisé et fera payer cela très cher à l’opposition ivoirienne. Après dix ans de transition politique en Côte d’Ivoire, la cartographie politique ivoirienne est en mutation conformément à l’émanation d’un nouveau prototype d’Ivoirien. Les données d’hier ne sont plus  celles  d’aujourd’hui. La politique a déclenché trop de passion en Côte d’Ivoire. Laissons chacun voir le reflet de sa capacité réelle sur le terrain d’abord avant de faire l’union. En politique rien ne se donne gratuitement. Sur quelle base  l’opposition va gouverner si l’on ne sait pas ce que vaut chacun effectivement. Et le financement des partis politiques qui tient compte des élections présidentielles, en ce moment qu’advient-il des  autres partis?  Non soyons sérieux. Aux USA, par exemple, pas plus tard que l’année dernière, nous avons vu les primaires au sein du parti démocrate particulièrement houleux avec des propos méchants envers OBAMA, voire même raciste avec un spot qui circulait sur le net venant du camp de Madame Clinton invitant les américains à s’imaginer la race et la voix de celui ou celle qui décrochera le téléphone quand il sonnera à la Maison Blanche. Ou encore que OBAMA avait des connexions avec Alquaida. Mais après, à la convention du parti, Hillary a invité  les démocrates et l’ensemble des Américains à élire OBAMA. Et aujourd’hui on sait à quel poste elle se trouve. Mais il ya dans un passé récent l’exemple de la France. Au deuxième tour entre le président CHIRAC et LEPEN, JOSPIN  a appelé les Français à voter CHIRAC. Et on se rappelle que ce fut avec un score historique  pour la démocratie française que le président CHIRAC a été élu pour son dernier mandat.  Dans un cas comme dans l’autre des deux exemples sus-cités, le ralliement se fait toujours quand l’idéal souhaité n’a pas été atteint après qu’on se soit donné  jusqu’au bout. C’est  face à la dure réalité de l’échec qu’on ne se résigne pas et l’on choisit le moindre mal dans le dernier cas de figure qui se présente. Pas avant, mais après.

En tant qu’ivoirien soyons réalités et mettons nous au travail chacun derrière son leader pour ratisser large au premier tour chacun au sein de ses populations cibles ou fiefs. Soyons courageux et reconnaissons que pour le moment là, c’est ça la réalité ivoirienne.  Et cela est même une exigence de la démocratie.  Ne  perdons  pas de temps avec ce débat qui non seulement n’aura jamais lieu au sein des instances officielles du RHDP, mais revenir souvent là-dessus  comme c’est récurent ces dernières semaines, ne fera qu’aiguiser les appétits de l’indiscipline au sein de nos partis respectifs en s’érigeant en un péché mignon qui va davantage démobiliser nos bases. Cette  idée de candidature unique de l’opposition n’est pas opportune aujourd’hui comme elle ne l’a jamais été hier et ne le sera pas sous peu en Côte d’Ivoire.

 


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